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 le spiritisme (henry dechabogne)

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Kaillene Alexiel
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MessageSujet: le spiritisme (henry dechabogne)   Lun 8 Juin - 22:37

source: Le Spiritisme

Par Henry Decharbogne

Larousse Mensuel N°181, Mars 1922, pp.740-744


|pour servir à l'histoire de la parapsychologie ou métapsychique]

Spiritisme n. m. (du lat. spiritus, esprit).

Doctrine des spirites, c'est-à-dire doctrine de ceux qui croient à la possibilité de nouer et d'entretenir des relations avec les âmes des morts.

- ENCYCL. II existe une autre définition du spiritisme, toute conventionnelle il est vrai, mais présentant l'avantage de s'appliquer à toute une catégorie de faits d'ordre physique et dégagés de toute interprétation, mystique. D'après cette définition, le spiritisme est l'ensemble des phénomènes encore non expliqués se produisant le plus souvent par l'intermédiaire d'un agent appelé médium. Les praticiens du spiritisme peuvent donc être classés dans deux camps. Le premier est celui des adeptes d'une sorte de religion, le second est celui des chercheurs qui tentent de donner aux manifestations constatées une explication naturelle, en concordance avec nos connaissances scientifiques. Pour bien marquer la différence des deux tendances, Ces derniers se sont donné le nom de « métapsychistes », mot assez mal composé d'ailleurs (du gr. méta, après, et Psychè, âme), l'âme n'ayant qu'un rôle très effacé dans leurs essais d'explication des phénomènes. Les spirites dogmatiques, ainsi que ceux qui se refusent à sortir du terrain purement expérimental, semblent admettre l'existence d'une force particulière, improprement appelée force psychique, qui serait sinon la cause, du moins le moyen dynamique de la production des phénomènes. Les premiers prétendent que cette force est dirigée par des intelligences appartenant à d'invisibles entités, les seconds s'appliquent seulement à en déterminer la nature et à rechercher ses relations avec les autres modalités de l'énergie, telles que lumière, chaleur, électricité.

Ces questions semblent être plus que jamais à l'ordre du jour. On a même créé pour elles une terminologie spéciale, quelquefois assez barbare, mais à laquelle on est obligé de recourir pour l'exposé et l'étude critique de certains faits.

C'est en Amérique, en 1847, que le spiritisme prit naissance et se développa avec une remarquable rapidité, en sa forme moderne du moins, car nous verrons que cette conception d'une communication possible avec les trépassés a de tout temps préoccupé les humains. Une famille Fox, s'étant installée à Hydesville (comté de Wayne, E.-U.), constata, quelques jours après son arrivée en ce pays, la production d'inexplicables phénomènes. Ce furent des coups frappés dans les murs, des bruits de pas dans des chambres inoccupées, des oscillations de meubles sans que personne fût auprès d'eux, c'est-à-dire toute la gamme des bruits et des faits caractérisant les maisons prétendues hantées. On découvrit que l'une des fillettes Fox, âgée de douze ans, était l'intermédiaire, entre l'entité invisible à laquelle les phénomènes étaient attribués, et le monde des vivants. On convint d'un alphabet, et les premières communications avec l'invisible furent ainsi établies. La nouvelle de ces étranges manifestations fut répandue avec une incroyable rapidité. Des commissions furent chargées de vérifier l'authenticité des faits, et des cercles dits « psychiques » se formèrent dans toute l'Amérique du Nord.

Dans l' « History of modern spiritualism », ouvrage d'E. Hardinge, qui rapporte en détail l'histoire de ces faits, on trouve le nom des personnages officiels qui en constatèrent l'authenticité : ce sont des noms de juges de la Cour de cassation de NewYork, d'un président du Sénat, d'un professeur de chimie à l'Académie de médecine, etc.

L'histoire des manifestations dites psychiques passa rapidement les mers. En France, en 1854, le comte de Gasparin et de Rougemont se livrèrent à des expériences, dont le compte rendu obtint un grand retentissement. En Angleterre, des personnalités appartenant à l'élite du monde savant ne dédaignèrent pas d'étudier la question et de publier de très sérieux rapports de leurs expériences. Parmi ces personnalités, la plus marquante fut celle de W. Crookes, membre de la Société royale de Londres, membre correspondant de l'Institut de France. C'est à Crookes que nous devons la découverte du thallium et l'établissement du photomètre de polarisation, ainsi que du microscope spectral.

Les recherches de Crookes, en matière de spiritisme, avaient pour objets les mouvements des corps pesants, avec contact, mais sans effort mécanique (tables tournantes) ; les phénomènes de percussion et les bruits appelés « raps » ; l’altération du poids des corps ; les lévitations d’objets sans aucun contact; les lévitations de personnes; l'écriture directe; les apparitions lumineuses ayant des formes humaines, etc. - La plus célèbre de ces expériences est celle qui est connue sous le nom de « matérialisation de Katie King ». Elle fut faite en 1874 et dura plusieurs mois. Au dire du célèbre savant lui-même, il aurait obtenu, à différentes reprises, la matérialisation d'une jeune fille prétendant s'appeler Katie King, dont il donne un portrait minutieux et avec laquelle il aurait eu des entretiens pendant de longues soirées. La bonne foi du savant ne pouvant être mise en doute, il répondait aux sceptiques qui paraissaient croire à une mystification: « Je ne dis pas que la chose soit possible, je dis qu'elle est. »

Le nom d'Allan Kardec, le propagateur et, pourrait-on dire, le fondateur de la doctrine spirite en France, est célèbre à ce titre. On connaît moins les conditions dans lesquelles le spiritisme s'est développé sous son influence et, surtout, on sait assez peu que la cause première de ce développement est due moins à Allan Kardec qu'à Victorien Sardou, l'auteur dramatique mort en 1908. L'histoire vaut d'être résumée. En 1851, jeune étudiant, Sardou était en relation d'amitié avec Goujon, secrétaire d'Arago. Un soir, Goujon lui raconta qu'il avait assisté à une « expérience inouïe » chez le consul des Etats-Unis. Une table pesamment chargée avait été soulevée de terre, par simple apposition des mains de quelques personnes. Arago, mis au courant de ce fait extraordinaire, aurait dit : « Il y a tant de choses dont la cause nous échappe! » Mais le jeune Sardou, très ému de la révélation faite par son ami, se fit introduire dans des milieux spirites et, particulièrement, chez miss Blackwell et chez Mme Japhet, rue Tiquetonne. C'est chez cette dernière qu'il fit la connaissance d'un certain Rivail, qui contribuait à la production des phénomènes et, se montrait très enthousiaste de ce qu'on appelait déjà la « nouvelle science ». Mais Rivail était complètement dérouté, tant par la nature des faits anormaux auxquels il assistait que par les propositions émises par « l'esprit » qui agitait les tables, car, grâce à Sardou, on était arrivé à correspondre avec la mystérieuse entité.

Ce fut encore Sardou qui se fit l'interprète de l'invisible en mettant en clair ses réponses obscures et de forme oraculaire. Rivail, esprit pratique, notait avec soin les commentaires de Sardou, si bien qu'un jour il en publia l'ensemble en l'amplifiant d'ailleurs selon ses propres conceptions et signa le tout du pseudonyme d'Allan Kardec.

C'est ainsi que parut le Livre des esprits, inspiré en quelque sorte par l'imagination féconde du célèbre dramaturge. II peut être intéressant de savoir ce que Sardou pensait du spiritisme. Dans une étude publiée par une revue anglaise en 1906, le « Grand Magazine », il exposait qu'il fut un des premiers adeptes convaincus du spiritisme et qu'il eut pendant prés d'une année toutes les aptitudes d'un parfait médium.

J'avais une table ronde (écrivait-il) qui, à mon commandement, marchait à travers mon appartement et tournoyait sur elle-même, comme aurait pu le faire un chien bien dressé. En plusieurs occasions, des roses blanches étaient tombées du plafond sur mon bureau, et j'avais vu les touches de mon piano s'enfoncer et se relever, comme si des doigts invisibles les manipulaient... Je puis affirmer qu'en observant ces phénomènes, je ne subissais aucune suggestion. J'étais simplement un observateur attentif, et mon scepticisme des débuts avait dû céder la place à une conviction basée sur des faits précis.

Pendant toute une partie de son existence, Sardou fut un fervent du spiritisme. Sous l'influence d'une entité se prétendant l'âme de Bernard Palissy, il exécutait des dessins vraiment remarquables. Ils sont fort rares aujourd'hui. Nous en reproduisons deux, de dimensions réduites : « la maison de Bernard Palissy » et « la maison de Mozart ». On remarquera que la plupart des éléments de lignes de ce dernier dessin sont des notes de musique ou des signes tels que clefs de sol et de fa, portées, soupirs, etc. Sardou a toujours affirmé que ni sa volonté, ni sa science du dessin, d'ailleurs très limitée, n'entraient pour aucune part dans la facture de ces étranges images. Pendant les heures nocturnes, alors qu'il rêvassait ou somnolait à sa table de travail, son bras, d'abord inerte, s'agitait soudainement. Sa main, armée d'un crayon ou d'un stylet d'acier, lançait au hasard des points et de petites lignes sur le papier ou sur la feuille de zinc qu'il avait devant lui. Toutefois, quinze ans après l'époque de sa médiumnité active, Sardou faisait au journal L'Autographe, qui venait de reproduire un de ses anciens dessins, cette déclaration qui prouve que sa ferveur spirite était bien atténuée :

« Pour dire mon modeste avis sur des phénomènes très curieux et encore inexplicables, j'attendrai le jour où ils ne seront plus écrasés entre deux excès également déplorables, la crédulité ignorante qui accepte tout, même le charlatanisme; l'incrédulité savante qui n'admet rien. Et ce jour-là ne sera pas demain, car nous trempons en pleine superstition de la science, comme nos pères barbotaient dans l'autre »..

Avant d'exposer quelques-unes des hypothèses tendant à expliquer, sans avoir recours au surnaturel, la production de toute une catégorie de phénomènes physiques, nous croyons utile de mentionner à titre purement documentaire, les interprétations qu’en font les fervents de la doctrine spiritualiste.

Certains faits paraissent être en contradiction avec les lois naturelles, telles que la pesanteur et l'inertie, tandis que d'autres sont plutôt d'ordre intellectuel.

Parmi les premiers, les plus fréquents sont : les raps, ou craquements se produisant spontanément dans les murs ou dans les objets, les oscillation d'objets sans l'intervention d’une force visible, les déplacements, les lévitations de corps solides, etc.

Par lévitation, il faut entendre qu'un corps solide est soulevé et maintenu dans l'espace sans qu'aucune force humaine ait provoqué son déplacement et sans qu'il repose sur le moindre point d'appui. Quant aux phénomènes d'ordre intellectuel, ils sont des plus variés. Les plus importants consistent en : révélations de faits inconnus de toutes les personnes présentes, prédictions d'événements futurs, manifestations poétiques, artistiques et musicales, etc.

Sait-on quels sont les agents producteurs de ces actes ? Oui, répondent les occultistes et les théosophes « ce sont des êtres invisibles pour nous, jouissant d'une sorte de personnalité incomplète qui leur a fait donner le nom d'élémentaux ». C'est à cette catégorie de créatures inachevées, véritables animaux de l'invisible, que Paracelse rattachait les salamandres ou esprits du feu, les ondins, génies des eaux, et les gnomes génies de la terre. Les mêmes occultistes, dont Stanislas de Guaita fut en quelque sorte l'initiateur dans les temps modernes, admettent aussi que, quelquefois, dans des cas très rares, des élémentaires se manifestent à nos sens humains par les actes que nous venons d'énumérer. Ces élémentaires sont alors des êtres humains désincarnés, des âmes retenues par leur corps astral dans la sphère planétaire.

Quant aux spirites, leur théorie est beaucoup plus doctrinale que celle des occultistes. Alors que ces derniers expriment surtout des hypothèses susceptibles d'expliquer les faits conformément à leur philosophie, les premiers donnent une interprétation catégorique de ces mêmes faits. Le dogme fondamental du spiritisme établit que

toute personnalité humaine est composée d'un corps, d’une âme et d'un périsprit. Le périsprit est l'enveloppe fluidique de l’âme. Moulé sur le corps, il en reproduit exactement toutes les formes; mais, au lieu d'être périssable comme lui, il participe de l'immortalité de l’âme. Etant fluidique, il est invisible mais dans certains cas, il devient possible de le matérialiser en empruntant à des vivants les fluides nécessaires à cette métamorphose. Enfin, on entend par esprit l'âme désincarnée, enveloppée de son périsprit. Pour les spirites, ces principes suffisent à expliquer non seulement les apparitions fantômales de trépassés, mais encore les phénomènes de dédoublement de la personnalité de créatures vivantes.

Toutes les manifestations dites psychiques, qu'elles soient physiques ou de degré supérieur, sont dues à des âmes humaines désincarnées, s'efforçant de renouer des relations avec des vivants. Nous n'avons pas â examiner la philosophie spirite du point de vue critique; aussi ne nous attarderons-nous pas à établir le degré d'utilité de ces manifestations. Au dire des disciples d'Allan Kardec, les phénomènes produits au sein d'un cercle spirite ne sont nullement en contradiction avec les lois physiques que nous connaissons. Ainsi, lorsque, au cours d'une séance, un objet se meut dans l’espace, c'est parce qu'il a été lancé par une main; lorsqu'un instrument de musique résonne, c'est encore sous l'action de mains réelles, mais qui échappent à notre sens de la vue, sauf dans les cas de « matérialisation » dont nous parlerons plus loin.

Quant à l'agent dynamique, à la force agissante, elle est fournie par toutes les personnes de chair et d'os présentes au moment de la manifestation. De chacun des êtres vivants émane un fluide, appelé fluide vital, constituant précisément la force utilisée par les invisibles. Mais le débit de ce fluide n'est pas constant pour tous les humains : les uns n'ont qu'une capacité de dégagement très limitée, les autres sont, au contraire, susceptibles d'en fournir des quantités considérables. C’est parmi ces derniers que se recrutent les bons médiums. Le médium est donc un être doué d'une sensibilité spéciale, capable non seulement de produire par lui-même une grande quantité de fluide vital, mais encore d'agréger et de concentrer les fluides émanant des autres personnes présentes. Le médium est, à tout bien considérer et ainsi, d'ailleurs, que son nom l'indique (lat. medium, moyen), le truchement indispensable entre les deux mondes, c'est-à-dire entre celui des morts et celui des vivants. Les aptitudes des médiums sont fort variables. Les uns ne peuvent provoquer que des phénomènes d'ordre matériel, tels que raps, mouvements de tables etc. Les autres - ce sont aussi les plus rares - sont des agents deanifestations d'ordre plus élevé. On leur donne le nom de « médiums â incarnations directes ». Les premier ne sont, en réalité, que des instruments, tandis que les seconds sont susceptibles d'acquérir momentanément une personnalité différente de la leur, personnalité qui n'est autre que celle du personnage évoqué. Dans l'un et dans l’autre cas, le mécanisme de l'évocation - car c'en est toujours une au sens propre du mot - est le suivant. Lorsque les personnes assemblées en vue d'une consultation spirite bornent leurs expériences à la production de raps et de déplacements de la table servant de champ d'épreuve la présence d'un médium est nécessaire; mais celui-ci peut rester dans son état normal, c'est-à-dire à l'état de veille. On convient d'un alphabet typtologique, et l'interprétation des réponses est faite d’après le nombre des coups frappés par la table. Au préalable, les consultants ont placé leurs mains sur le plateau supérieur du meuble, sans exercer aucun effort de pression, ni de percussion, mais de manière à former une espèce de chaîne continue. C'est ce qu'on appelle la chaîne fluidique. Pour ce genre d'expériences, il n'est généralement pas indispensable d'opérer dans une complète obscurité.

Mais, lorsqu'on désire des manifestations plus caractérisées, l'obscurité presque complète doit être faite, et le médium est plongé dans une sorte de sommeil pendant lequel il perd complètement sa personnalité. Il devient même insensible à la vie extérieure. On dit alors qu'il est en état de transe. Sa personnalité ayant déserté son corps, la place est libre pour celle d'an autre être, c'est-à-dire pour celle du défunt évoqué. L'esprit étant présent à la séance, on peut lui poser directement des questions auxquelles il répondra, sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à un alphabet de transcription. Les médiums à incarnations directes sont généralement écrivains, c'est à dire que leur main, actionnée par l'esprit, trace directement sur le papier les réponses aux questions posées à l'entité invisible.

Pendant l'exil de Victor Hugo à jersey, l'entourage du poète se livrait à de curieuses expériences spirites. Les procès-verbaux de ces séances, datés de 1853 et des années suivantes, en donnent des comptes rendus détaillés. C'est sur les instances de Mme de Girardin, fervente du spiritisme, que les premières évocations furent tentées (6 septembre 1853). Elles furent, d'ailleurs, encourageantes dès le début, car la première entité qui se révéla prétendit être Léopoldine Hugo, la fille aînée que le grand poète venait de perdre. Or, Léopoldine fut en quelque sorte l'introductrice des « esprits » qui se présentèrent en foule aux appels des hôtes de Marina-Terrace. On évoqua tous les poètes de l'antiquité et des temps modernes. Eschyle ne dédaigna pas de répondre en personne, et en beaux vers français, aux questions qui lui étaient posées. II en fut de même pour Shakespeare et Molière. Victor Hugo était persuadé qu'il était réellement visité par l'ombre de ces grands morts. Ainsi, s'adressant à l'entité qui s'était présentée sous lenom de Molière, il interroge

Toi qui du vieux Shakespeare as ramassé le ceste,
Toi qui près d'Othello sculptas le sombre Alceste,
Astre qui resplendis sur un double horizon,
Poète au Louvre, archange au ciel, grand Molière,
Ta visite splendide honore ma maison.
Me tendras-tu là-haut ta main hospitalière ?
Que la fosse pour moi s'ouvre dans le gazon,
Je vois sans peur la tombe aux ombres éternelles,
Car je sais que le corps y trouve une prison,
Mais que l'âme y trouve des ailes !
Mais ce ne fut pas Molière qui lui répondit. L'esprit qui se chargea de donner la réplique au nom de l'immortel comique prit le nom d'Ombre du Sépulcre et malmena Hugo en ces termes
Esprit qui veux savoir le secret des ténèbres,
Et qui, tenant en main le terrestre flambeau,
Viens, furtif, à tâtons, dans nos ombres funèbres,
Crocheter l’immense tombeau,
Rentre dans ton silence et souffle tes chandelles ;
Rentre dans cette nuit dont quelquefois tu sors:
L'oeil vivant ne lit pas les choses éternelles
Par-dessus l’épaule des morts.
Le médium écrivain était, nous l'avons dit, Charles Hugo. Or, ni lui, ni même Vacquerie, présent lui aussi à ces séances, n'auraient pu improviser de telles choses. Victor Hugo, seul, en eût été capable. Mais le poète ne prenait jamais place à la table servant aux évocations. Il se contentait d'assister aux expériences et de les diriger en indiquant les grands morts avec lesquels i1 désirait converser. D'ailleurs le Maître n'a jamais voulu que ces vers figurassent parmi ses oeuvres et, à leur sujet, il écrivait :

Il va sans dire que jamais je n'ai mêlé à mes vers un de ces vers venus du mystère, ni à une seule de mes idées ces idées. Je les ai toujours religieusement laissés à l’inconnu qui en est l'unique auteur.

Les communications de Jersey étaient toutes du genre de celles que nous venons de citer, ce qui les différencie de la majorité des réponses obtenues dans la plupart des cercles spirites. Cette remarque nous sera très utile, lorsque nous donnerons quelques uns des essais d'explication naturelle de ces phénomènes. A Marine-Terrace, les entretiens avec l'invisible reflétaient d'une manière parfaite l'état d'esprit des assistants. Autour de la table, le général Le Flô, Teleki, Vacquerie, Charles Hugo et Mme Hugo prenaient place. Le Maître se tenait à l'écart et préparait les questions. Souvent, les « esprits » se présentaient comme des personnifications d'idées et symboles. L'idée du Drame, celle de la Mort, celle la Poésie répondirent aux appels du médium. On trouve même dans les cahiers de Jersey une poésie signée du « Lion d'Androclès » et, dans le manuscrit de la Légende dès siècles, en marge de la belle pièce « Au lion dAndroclès », la main même de Victor Hugo a écrit ces lignes à l'encre rouge

« On trouvera dans les volumes dictés à mon fils Charles par la table une réponse du Lion d'Androclès à cette pièce. Je mentionne ce fait ici, en marge. Simple constatation d’un phénomène étrange, auquel j'ai assisté plusieurs fois ».

Pour compléter notre documentation, nous rapporterons le résumé d'une communication spirite d'une autre espèce, obtenue dans un cercle composé d'expérimentateurs sérieux et d'une entière bonne foi. Elle est du genre « révélation » et figure dans le « Bulletin de la Société d'études psychiques de Nancy » (21 octobre 1906). Les questions sont posées verbalement, et les réponses sont frappées par table, chaque lettre étant représentée par un certain nombre de coups suivant une convention établie au début de chaque séance. L'entité interrogée se donne le nom de Bertolf de Ghistelles. En quelle année êtes-vous décédé ? lui demande-t-on. En 1081, répond l'esprit. Puis il raconte son histoire : il était l'époux d'une sainte, canonisée plus tard sous le vocable de Godeleine de Wierfroy. II a tué cette sainte, puis accablé de remords, est entré dans un monastère, où il vécut neuf ans. Il donne des détails historiques précis: le pape était alors Urbain, le roi de France Robert le Pieux, et l'Eglise célèbre la fête de sa femme le 6 juillet de chaque année.

Or, dit le Bulletin, personne de nous n'avait jamais entendu parler de Bertolf ni de Godeleine. Nous consultons des calendriers et ne trouvons aucune sainte de ce nom. Enfin, l'idée nous vint de consulter le Larousse, et nous pûmes lire l’article suivant :

Godelieve ou Godeleine de Ghistelle (sainte), née près de Boulogne en 1040, morte à Ghistelles en 1070. Elle épousa Berthold, seigneur de Ghistelles, prés de Bruges, qui, après lui avoir fait subir d'odieux traitements, la fit étrangler et jeter au fond d'un puits. Berthold se fit moine, et Godelieve est particulièrement honorée à Bruges le 6 juillet. [Cf. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Ces phénomènes, pour étranges qu'ils soient, sont ni les seuls ni les plus sensationnels qui se produisent au cours des réunions spirites. Lorsque certaines conditions, assez peu définies d'ailleurs sont réalisées, lorsque, surtout, le médium possède des aptitudes spéciales, on peut arriver à provoquer - disent les personnes convaincues de la réalité de ces manifestations - des apparitions partielles complètes de fantômes. Une condition sine qua non de succès de ces tentatives est la complète obscurité. Le médium est isolé dans une sorte de cabinet improvisé au moyen de voiles noirs, et toutes les lumières sont éteintes. Cette obligation d’opérer dans le noir absolu rend difficile toute espèce de contrôle, et c'est une des causes majeures de l'incrédulité suscitée par les expériences de cette nature. A cette objection les spirites répondent que l'émission de rayons lumineux quelconques est d'un effet radicalement dissolvant en ce qui concerne le phénomène physique de la matérialisation. Ils comparent cette action destructrice à celle des mêmes rayons, violets ou autres, à l'égard du développement d'une plaque photographique au gélatino-bromure ou au nitrate d'argent.

Pour clore la série des phénomènes plus ou moins merveilleux attribués par les spirites aux âmes désincarnées, nous croyons utile de mentionner celui de l'écriture directe. On place entre deux ardoises d'écolier un bout de crayon. Les deux ardoises sont liées et même scellées l'une à l'autre, de telle sorte qu'il soit absolument impossible de tracer le moindre signe sur leurs faces internes. Le médium est mis en état de transe, et les ardoises sont placées sur un meuble hors de la portée des assistants. Une question ayant été posée à l'invisible, l'obscurité étant faite, les assistants attendent la réponse. Ils en perçoivent bientôt le bruit, caractérisé par le grincement du crayon écrivant sur l'ardoise. Il ne reste plus qu'à prendre connaissance de la communication de l’esprit, tracée par sa main même. Elle est quelquefois exprimée dans une langue inconnue non seulement du medium, mais encore de tous les expérimentateurs présents à la séance.

On conçoit que la réalité et même la possibilité de tels faits aient été énergiquement contestées. La condition sine qua non d'obscurité complète, imposée pour la production de la plupart d'entre eux, justifierait à elle seule bien des doutes et des incrédulités. De plus, la quasi-impossibilité d'exercer un contrôle permanent des faits et gestes de tous les assistants est vraiment de nature à induire en tentation mauvaise ceux qui font profession d'exploiter la crédulité et la bonne foi des autres. Aussi n'est-il pas surprenant que les hommes de science se soient presque tous désintéressés d'une catégorie de faits aussi difficilement observables. Est-ce à dire qu'il soit raisonnable d'opposer une négation catégorique et absolue à la totalité des phénomènes ?

Quelques expérimentateurs, s'efforçant d'opérer en suivant les principes du contrôle scientifique, ont, d'ailleurs, récemment affirmé que la plupart des prétendues manifestations psychiques peuvent être obtenues en lumière atténuée.

D'autre part, ces phénomènes, du moins quelques uns d'entre eux, sont-ils susceptibles d'une interprétation sinon conforme aux lois naturelles actuellement connues, du moins s'en approchant assez pour que l'esprit ne se refuse pas à en admettre la possibilité ! C'est ce que nous nous proposons d'examiner rapidement. Rappelons tout d'abord cette pensée de Pascal :

La connaissance humaine est pareille à une sphère qui grossirait sans cesse ; à mesure qu'augmente son volume, grandit le nombre de ses points de contact avec l'inconnu.

Notons, d'autre part, qu'un grand nombre de phénomènes ressortissant à l'électricité et particulièrement à l'électricité atmosphérique sont quotidiennement constatés, mais non expliqués. En électricité statique ou dynamique même, de nombreuses lois nous échappent. Telle est, par exemple, celle des attractions et des répulsions, qu'on énonce couramment, mais dont le mécanisme nous demeure inconnu. L'impossibilité d'expliquer un fait n'est pas un argument contre sa réalité ; ou bien il faudrait nier la plupart des principes sur lesquels sont basées les organisations de télégraphie ou de téléphonie sans fil. Ce n'est pas sans motif que nous faisons allusion aux phénomènes ressortissant à l'électricité. Certains d'entre eux, au dire des savants qui ont eu le courage d'étudier les manifestations psychiques, présentent avec ces dernières de nombreux points d'analogie et sont, d'ailleurs, aussi peu explicables. Tel est, par exemple, le cas de foudre globulaire, exposé par Babinet à l'Académie des sciences en juillet 1852. Il est comparable à quelques-uns des phénomènes lumineux obtenus dans les cercles psychiques et dont on trouve le compte rendu dans les procès-verbaux établis en toute sincérité par des personnalités dont la bonne foi ne saurait être suspectée. Un ouvrier, assis à la table où il venait de prendre son repas, vit s'abattre le châssis garni de papier obturant l'ouverture du foyer de sa cheminée. L'ouverture ainsi rétablie donna passage à un globe de feu, gros comme une tête d'enfant. Le globe « se promenait doucement par la chambre », à quelques centimètres au-dessus du sol. L'ouvrier le comparait à un jeune chat pelotonné sur lui-même. Cette boule, qui ne dégageait aucune chaleur, s'approcha des pieds de l'homme, opéra quelques allées et venues dans la chambre et. s'éleva verticalement. Elle sembla vouloir frôler la tête de l'ouvrier, qui en évita prudemment le contact. Le météore s'allongea quelque peu et se dirigea, toujours lentement, vers le mur, sembla chercher sa route et monta jusqu'à la hauteur de un mètre au-dessus du marbre de la cheminée. A ce point du mur, se trouvait un trou circulaire, dissimulé par une feuille de papier peint et qui, en hiver, servait d'orifice à un tuyau de poêle. Le globe décolla le papier sans le déchirer et monta dans la cheminée, sans accélérer sa vitesse. Arrivé au sommet, c'est-à-dire à vingt mètres au-dessus du sol de la cour, le météore éclata, détruisant tout le faîte de la maçonnerie et produisant une explosion formidable. Les faits de cet ordre, imputés à l'électricité atmosphérique, sont relativement nombreux. Plusieurs d'entre eux semblent avoir été soumis à la direction d'une volonté capricieuse, mais constante en son exercice. Ce qui est certain, c'est que la plupart des phénomènes physiques constatés dans les cercles d'expériences psychiques semblent être la réplique des cas les plus curieux d’électricité atmosphérique. Dans les deux séries de faits, on retrouve les mêmes caractéristiques et les mêmes observations :déplacement de corps pesants, dématérialisation d’objets métalliques, reproduction quasi photographique d'images ou de paysages environnants, etc.

La tentative d'explication rationnelle des faits psychiques est basée sur un postulatum définissant l'être humain comme étant le composé d'un corps et d'un esprit. Dans cette hypothèse, l'esprit est cet agent invisible dont procèdent les actes de la volonté, de la pensée et du sentiment. Il faut également admettre l'existence d'un second agent, plus matériel que le premier, et qui établirait la liaison permanente entre le corps et l'esprit. C'est, en somme, jusqu'à ce point tout au moins, la théorie de Leibniz, qui, pour étayer son système des monades, avait défini cet intermédiaire et lui avait donné le nom de médiateur plastique. C'est par lui que les sensations de la chair seraient transmises à l'esprit et que les ordres de l'esprit seraient communiqués aux nerfs. Or, cet agent serait réparti dans tout le corps et limité à la surface de la peau, avec des tendances à s'échapper par les extrémités telles que les doigts. Il y aurait là encore analogie avec le fluide électrique qui, on le sait, se dégage facilement par les pointes. Or, ces radiations humaines sont parfois visibles. On leur a donné le nom d' « effluves humains », et les travaux de Blondlot et Charpentier, parallèles à ceux de Curie sur le radium, ne laissent aucun doute relativement â leur existence. On les a même photographiés, et nous en reproduisons ci-contre deux exemples. Chez certains êtres, ce fluide nerveux n'adhère que très peu â l'organisme charnel et peut être projeté, en quantité plus ou moins grande, â l'extérieur du corps. Ces êtres sont les sujets psychiques et les médiums. Un savant moderne, ayant une grande pratique des observations scientifiques, le colonel de Rochas, a consacré de très intéressantes études à l'extériorisation de la sensibilité. I1 donne même une explication naturelle assez séduisante des phénomènes tels que les mouvements de tables et d'objets, obtenus dans les réunions spirites.

Supposons (écrit le colonel de Rochas) que, d'une manière quelconque, nous empêchions l’agent nerveux d'arriver jusqu'à notre main. Celle-ci deviendra une matière aussi inerte qu'un morceau de bois et ne rentrera sous la dépendance de notre volonté que lorsqu'on aura rendu à cette matière inerte la proportion exacte du fluide qu'il faut pour l'animer. Admettons maintenant qu'une personne puisse projeter ce même fluide sur un morceau de bois en quantité suffisante pour l'en imbiber dans la même proportion. Il ne sera pas absurde de croire que, par un mécanisme aussi inconnu que celui des attractions et des répulsions électriques, ce morceau de bois se comporte comme un prolongement du corps de la personne et, par conséquent, puisse être mis en mouvement.

Ces sujets, capables de projeter au dehors une partie de leur fluide nerveux, sont plus nombreux qu'on ne le suppose. Les cliniques de neurologie en abritent, dont cette faculté d'extériorisation de la sensibilité et de la motricité est une véritable maladie. Arago présenta â l'Académie des sciences une jeune fille qui avait l'étrange propriété de faire tomber, sans les toucher, tous les objets se trouvant dans son voisinage immédiat. Pour interrompre la production de ce phénomène désagréable, il fallait adapter, au bas de sa robe, un fil métallique dont l'extrémité plongeait dans une solution alcaline. Il est vraisemblable que cette jeune fille projetait inconsciemment une grande partie de son fluide nerveux et que le choc de ce fluide contre les objets était assez violent pour les faire osciller, puis tomber. Dans les réunions spirites, le médium agit de la même manière pour provoquer les mouvements et déplacements d'objets, ainsi que vous !'avons précédemment indiqué. Ce fluide nerveux, distribué dans toutes les parties du corps, est en quelque sorte modelé selon les formes de ce dernier. On peut donc lui donner le nom de double fluidique. C'est à ce double, dont toutes les philosophies anciennes out admis l'existence, qu'il faudrait attribue la grande majorité des phénomènes, y compris celui des apparitions fantômales que les spirites appellent des « matérialisations ». Ces matérialisations sont de différents degrés, suivant que la projection du fluide a été plus ou moins nourrie. Les plus communes se réduisent à la production de vapeurs plus ou moins nébuleuses; d'autres ne reproduisent que certaines parties du corps, telles que les mains. Les plus complètes, qui sont aussi les plus rares, donneraient, au dire des spirites, l’impression exacte d'une forme humaine. En tout état de cause, des expériences de laboratoire, effectuées avec une certaine rigueur scientifique, permettent de conclure â l'existence réelle du fluide matérialisé. Le corps du médium, en état de transe, « extériorise » une substance élastique, palpable, à laquelle on a donné le nom d'ectoplasme (du gr. ektos, en dehors, et plasma, cellule biologique). Crawford, le physicien anglais mort récemment, avait particulièrement étudié cette substance et démontrait expérimentalement que c'est à elle qu'il fallait attribuer les mouvements anormaux d'objets. L'ectoplasme aurait, au dire des métapsychistes, des propriétés d'attraction et de répulsion analogues â celles de l'aimant et, dans certains cas, serait assez compact pour jouer le rôle de levier dans le déplacement d'objets lourds.

Toutefois, cette explication, si on l'admet, ne correspond qu'à la partie matérielle des phénomènes. Il resterait à justifier l'intervention intelligente de la force leur donnant naissance et en dirigeant l'accomplissement. Les hypothèses émises pour expliquer le mécanisme de cette intervention sont plus audacieuses encore que celles concernant les manifestations physiques. La plus acceptable serait celle en vertu de laquelle le médium projetterait non seulement son fluide nerveux, mais encore sa propre personnalité intelligente. Dégagée de son enveloppe habituelle et soumise â l'influence du milieu, cette personnalité serait assez modifiée pour être considérée comme une entité nouvelle, qui représenterait en somme la moyenne des individualités présentes. On expliquerait ainsi la variété des manifestations suivant les milieux dans lesquels elles ont été obtenues. Prenons, par exemple, les deux cas extrêmes: à Jersey, le cercle de Victor Hugo obtenait des phénomènes intellectuels d'un degré très élevé, en harmonie parfaite avec les pensées du Maître et de son entourage. Par contre dans les milieux vulgaisés, les réponses de l'invisible sont d'une banalité et souvent d'une trivialité qui suffiraient à écarter toute idée de participation des âmes désincarnées à ce genre de manifestations.

L'énoncé de cette hypothèse soulève une objection, car elle ne paraît pas rendre compte des cas de révélations de faits inconnus de la totalité des personnes présentes aux séances. On suppose alors que la prétendue révélation n'est qu'un réveil subit de la mémoire du médium, ou même de l'un des assistants. Ainsi, dans le cas précédemment cité de la communication attribuée à Bertolf de Ghistelles, il aurait suffi qu'un des expérimentateurs eût antérieurement lu dans le Dictionnaire Larousse la note concernant ce personnage oublié. Le médium, en faisant usage de forces inconnues, aurait puisé le renseignement dans la mémoire endormie, ou dans le « subconscient » de ce lecteur. Nous n'insisterons pas plus longuement sur de telles hypothèses. Elles ont; cependant, séduit un grand nombre d'esprits curieux, devenus par la suite de fervents adeptes du spiritisme. Rappelons, pour mémoire, la fondation, à Londres, d'un bureau psychique, appelé « Bureau Julia », et destiné à permettre à toutes les personnes de bonne volonté d'entrer en relation avec le monde des esprits. Son fondateur était un journaliste distingué, W.Stead, quimourut quelque temps après, dans la catastrophe du Titanic. Tout récemment, le bruit se répandait qu'Edison, le grand inventeur, travaillait à la construction d'un appareil qui permettrait à tous les humains de correspondre avec les trépassés. Nous ne sommes pas éloigné de croire que l'ingénieur américain a, en effet, étudié la possibilité de fabriquer un instrument extrêmement sensible, grâce auquel il serait possible d'enregistrer les vibrations perçues au cours des expériences psychiques sérieusement conduites. L'appareil serait surtout un mode de contrôle de la réalité des phénomènes et, de ce point de vue déjà, serait des plus intéressants.

Les hommes se sont, de tout temps, efforcés d'entrer en relations avec le monde des invisibles. Le « double fluidique » n'est pas une hypothèse moderne. On peut même affirmer qu'il a joué un rôle dans la plupart des religions. Dans l'Egypte antique, le peuple croyait à la vie posthume du double au fond des hypogées et dans le silence des tombeaux. Ce qu'on nommait Kha était bien la personnalité psychique telle qu'elle est définie de nos jours. Pour les Egyptiens, le double était le principe même de la vie, l'être humain n'étant, en quelque sorte, qu'un support destiné à le contenir pendant la phase terrestre. C'est du Kha que l'homme reçoit toutes ses inspirations et ses directions. Dans les tableaux gravés sur les monuments égyptiens, le double est souvent figuré derrière l'individu, comme pour lui rappeler sa destinée réelle. La mort sépare les éléments réunis dans le support du corps, mais, seul, le corps cesse de vivre.

Quant aux sensitifs, sujets psychiques et médiums, on les trouve aussi à toutes les époques de l'histoire. Ils sont même souvent considérés comme étant des intermédiaires entre l'humanité et les plans supérieurs. Dans la Bible, la pythonisse d'Endor, qui évoqua pour Saül l'ombre de Samuel avant la bataille de Gelboé était un médium à incarnations directs. Elle pouvait extérioriser totalement son fluide nerveux et, son pouvoir suggestif aidant, lui faire revêtir une apparence conforme à l'attente du consultant. La pythie du temple d'Apollon et les sibylles de Rome étaient également des sujets psychiques, dont les pouvoirs spéciaux étaient amplifiés par un entraînement continu. La sibylle chaldéenne Sabée, qui passait pour être la fille du grand prêtre de Bélus, avait acquis une telle renommée que saint Augustin cita plusieurs de ses oracles.

La description des cérémonies oraculaires, faite par les auteurs anciens, montre bien, que le modus operandi de tous ces sujets ne différait que très peu de celui de nos médiums modernes: Lucain dans la Pharsale, explique que la chaste Phémonoé, pythonisse du temple de Delphes, interrogée par le fils de Pompée, « consentit à se laisser pénétrer par le dieu, qui s'empara de son corps dès que son âme l'eut quitté ». C'est bien le phénomène de, l'abandon de la personnalité que nous avons mentionné au début de cette étude. La radiation fluidique se dégageant du corps humain a, d'ailleurs, été constatée aux époques les plus reculées. On se rappelle les deux colonnes lumineuses partant du front de Moïse et permettant, disent les Ecritures, au peuple hébreu de suivre son conducteur, même pendant la nuit. On a remarqué que l'une de ces émanations fluidiques était enracinée dans le « centre de Broca », partie du front la plus sensible aux influences psychiques. A des époques moins lointaines, tous les occultistes dont nous avons eu de fréquentes occasions de citer les noms professaient des croyances spiritualistes ayant d'étroites analogies avec la doctrine moderne. Plusieurs d'entre eux étaient des médiums remarquables. En tout cas, Albert le Grand, Roger Bacon, Raymond Lulle, Cardan, Paracelse, Van Helmont, etc., ont tous affirmé la possibilité de l'extériorisation du fluide humain. Cornélius Agrippa (voir Larousse Mens. illustré, t. IV, p . 325 ) émettait même des théories qui n'avaient rien de mystique au sujet de certains phénomènes. C'est lui qui osa écrire le célèbre distique :

Nos habitat, non Tartara, sed nec sidera caeli,
Spiritus in nobis qui viget illa facit...
(Ce n'est ni au Tartare, ni aux astres du ciel,
mais bien au souffle qui est en nous qu'il faut attribuer ces merveilles.)
C'est en somme la thèse de la subjectivité. Au XVIIe siècle, la théorie fluidique fut clairement exposée par Guillaume Maxwell, médecin écossais, dans son troisième livre De medicina magnetica. Il affirmait catégoriquement que « de tout corps s'échappent des rayons corporels dans lesquels l'âme opère par sa présence et auxquels elle donne l'énergie et la puissance d'agir ». L idée fut développée plus tard par Antoine Mesmer l’auteur de la découverte du magnétisme Les disciples de Mesmer furent nombreux et ce fut l'un d'eux, Chastenet de Puységur, qui fit la première description scientifique de l'état somnambulique. Un autre élève de Mesurer, le capitaine Tardyu de Montravel, participa largement aux progrès de la science psychique en produisent un Essai de théorie du magnétisme animal, dans lequel il expose que l'homme est composé de trois parties bien distinctes : l'homme intellectuel, immatériel, qui est l’âme, l'homme intérieur, l'instinct ou sixième sens, qui pourrait presque être nommé l' « âme matérielle » ; enfin l'homme purement matériel, machine agissant au moyen des cinq sens connus. Mais le principal propagateur et expérimentateur du psychisme scientifique fut, au XIXe siècle, le baron de Reichenbach. Il attribuait tous les phénomènes de cet ordre à une force particulière s'étendant sur tout l'univers, à laquelle il donna le nom de « force odique ». Ce sont les travaux de Reichenbach qui servirent de base à ceux des savants de l'époque actuelle. L'un des plus connus, le colonel de Rochas, ancien administrateur de l'Ecole polytechnique, put établir un certain nombre de propositions soumises au contrôle scientifique, qui peuvent être considérées comme les théorèmes fondamentaux de la science psychique encore en son enfance, malgré son antiquité. L'une d'elles tend à placer le psychisme expérimental au rang des sciences naturelles : « l’effluve est un phénomène réel ». Une autre est ainsi formulée: « la suggestion et l'auto-suggestion peuvent altérer dans une certaine mesure la description de l'effluve ». Cette proposition nous tiendra 1ieu de conclusion, car elle laisse entrevoir les chance d’erreurs, de fausses interprétations et d'illusions qui fourmillent dans un domaine situé aux confins de la science positive.

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