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 La mort et les superstitions

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Kaillene Alexiel
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MessageSujet: La mort et les superstitions   Mar 19 Mai - 15:14

extraits du livre "Médecins, médecines et superstitions dans la Franche-Comté d'autrefois" de Jean-Louis Clade

La Franche-Comté chrétienne d'autrefois, avait-elle à craindre la mort qui met fin aux vicissitudes et aux souffrances d'ici-bas et qui ouvre toutes grandes les portes du paradis ?


A l'évidence, il semble bien que cette évocation idyllique de l'autre monde était loin d'enchanter les vivants. On craignait la mort et on était prêt à accepter toutes les superstitions, pour retarder, sinon éviter sa visite. Il y avait les présages, signes inéluctables annonçant qu'elle était proche et il y avait les mille et une choses auxquelles il fallait prendre garde pour entraver son oeuvre.

"Tu ne connaîtras ni le jour, ni l'heure" dit l’évangile. Et pourtant, pour connaître la date du moment fatal, tout bon chrétien inquiet de son devenir était prêt à réciter pendant quarante jours les oraisons de Sainte Brigitte, seule condition pour en être informé. Il ne restait plus alors qu'à s'armer de patience. Trois jours avant de trépasser, la personne recevait la visite de la Vierge qui lui donnait l'heure précise du départ pour l'au-delà.

Lorsqu'un oiseau nocturne chantait sur le toit ou à proximité d'une maison, ou si une pie voltigeait autour d'une habitation, c'était signe de mort. Le hululement de la chouette surtout, terrorisait les habitants. Pour conjurer le sort, il fallait la tuer et la clouer en croix sur la porte de grange en disant "Oiseau de malheur, tu pourriras sur le gibet de l’infamie". Un chien qui hurlait lugubrement pendant la nuit, présageait la mort de quelqu'un dans la voisinage. Un frappement nocturne annonçait une mort prochaine dans la famille, certains disaient même que la mort frappait quand le coup retentissait. Au château de Monbéliard, le spectre de la dame blanche apparaissait chaque fois qu'un des membres de la famille princière allait mourir. Des gémissements se faisaient entendre au long des couloirs et ne cessaient que lorsque la mort avait frappé. Lorsqu'un coq chantait avant minuit ou s'il pondait un oeuf, ou si une poule chantait comme un coq, c'était encore un signe de mort dans la maison, sauf si on tuait à l'instant le coq ou la poule pour conjurer le sort, en disant :

Poule qui chante,
Prêtre qui danse,
Fille qui s’enivre,
Ne sont pas dignes de vivre.

En revanche, pour certains, un coq noir ou un chat noir pouvaient porter bonheur. Si dans une maison on ne pouvait, pour une quelconque raison, garder de tels animaux, c'est qu'elle était maudite. Une telle supersitition n'avait-elle pas pour but de conjurer le sort ?


En effet, la plupart des gens, et pas seulement en Franche-Comté, craignaient le chat noir. Au moyen âge, on en brûla comme sorcier un si grand nombre que dit-on, Dieu sans sa grande bonté les marqua, en quelque endroit du pelage, d'une tache blanche qu'on appela le "doigt de Dieu". Le chat qui portait cette marque était alors épargné par la justice des hommes.

Si la constellation appelée "chariot de David", paraissait s'arrêter au-dessus de la maison d'un malade, c'était signe de mort. Si un corbeau se perchait sur la croix du clocher, un écclésiastique mourrait prochainement. Le jour de la chandeleur (purification de la Vierge) les Bisontins rapportaient de l'église un cierge allumé, puis le tournaient trois fois autour d'eux en prononçant "Lumen ad revelationem gentium". S'ils oublaient, il y avait un risque de mort dans la famille. C'était une pratique et une croyance que l'on rencontrait un peu partout dans la province avec de légères variantes. Les vieux surtout y étaient attachés et pour rien au monde ils n'auraient voulu manquer la messe ce jour-là, car "Celui qui le rapporte allumé, pour sûr ne meurt pas dans l'année". Et ils bénissaient enfants et domestiques afin que tous profitent de la grâce. Dans la baillage de Vesoul, on était persuadé qu'un éternuement entre les deux élévations au cours de la messe, annonçait la mort prochaine d'un parent.

Innombrables étaient les signes annociateurs de mort.

"La mort de Géricault" (Ary Scheffer 1824 )
C'était le temps de la lessive à la cendre; si le drap sur lequel on déposait les cendres ne plongeait pas entièrement dans l'eau, ou, une fois la lessive coulée, si on trouvait dans le cuvier du linge non imbibé, on savait que la mort n'était pas loin. De même si un arbre fruitier ou un chou refleurissait en automne, ou si un meuble craquait pendant la nuit, si des tâches bleues ou noirâtres apparaissaient sur les membres, le son étouffé d'une cloche, le bris spontanée d'un verre d'eau, trois lumières allumées par hasard sur une table, la miche de pain retournée, une salière renversée, une glace brisée, une chaise que l'on fait tourner sur un pied, une pièce de monnaie que l'on fait tourner sur sa tranche, une cuiller et une fourchette formant croix sur une assiette, tout cela annonçait une mort imminente. Une vache qui mettait bas deux veaux à la fois était de mauvais augure; pour conjurer le sort, on vendait précipitamment l'animal.

La mort appelait la mort. Quand le défunt ne prenait pas la raideur cadavérique, cela signifait que bientôt l'un de ses proches descendrait à son tour dans la tombe. Il fallait se garder d'allumer une bougie ou une chandelle à la flamme du cierge qui brûlait près du lit d'un mort ou près du cercueil, certains affirmaient qu'on acquérait ainsi le droit de suivre immédiatement le mort dans l'autre monde. Quand une agonie durait trop, il fallait vider les oreiller contenant des plumes de pigeon, car elles étaient réputées pour prolonger l'agonie.

Dans certaines communes comme Louhans, quand on inhumait le vendredi, on veillait à ce que l'enfant qui portait la croix processionnelle n'entrât pas dans la maison mortuaire, mais restât devant la porte à attendre, car sinon une autre personne risquait de mourir la même année dans cette même maison. Le dicton était formel : "Si la croix va dans une maison le vendredi, elle y retournera dans l'année". Ailleurs, on disait que c'était la rue toute entière qui était menacée de mort. Dans d'autres villages, quel que fût le jour, la croix ne pénétrait jamais dans la chambre mortuaire.

On sortait toujours le corps du défunt les pieds en premier, puis on brûlait la paille de son lit à un carrefour où se dressait une croix, ou à la croisée des chemins. Il ne fallait surtout pas employer cette paille comme litière, sinon le bétail risquait de périr.

Dans certains villages encore, dès qu'une personne mourait, on s'empressait de verser dehors toute l'eau qui se trouvait dans la maison afin de libérer l'âme du défunt. On croyait en effet qu'au sortir de son enveloppe matérielle, l'âme cherchait un récipient d'eau pour se purifier avant de paraître devant Dieu. L'eau était donc souillée par ce passage.

"le cimetière" (JL. COSSON 1878-1956)
Une fois au cimetière, le mort pouvait encore être une menace : que la terre d'une tombe fraîchement comblée se creusât, était encore un signe de mort.

Le matin en se levant, il importait de regarder où l'on mettait les pieds, si par hasard on les posait sur une croix formée par deux brins de paille, c'était à nouveau un présage sinistre pour la famille. Mais selon les villages, cette malencontreuse croix pouvait tout aussi bien être annonciateur d'un héritage.

Dans les terres de la grande judicature de Saint-Claude, s'il y avait trois mariages à la fois, aucun couple ne voulait prendre la place du milieu qui portait malheur. Ailleurs, on disait que c'était les premiers mariés qui emportaient tout le bonheur. Dans la région de Montbéliard, on évitait de se marier un jour de neige.

Il était imprudent de changer de chemise un vendredi. Si on tombait malade dans le vêtement propre, on risquait de ne pas guérir et d'en mourir.

Si l'on faisait la lessive un jour de rogations, le maître de maison mourrait dans le cours de l'année. Dans certains endroits, on ne faisait pas la lessive le Vendredi-Saint, parfois même durant toute la semaine sainte, ainsi qu'à l'Ascension, durant la semaine des communions solennelles, aux Quatre-Temps et le samedi, craignant de provoquer le décès du chef de famille, ou tout au moins une maladie grave pour quelqu'un de la maison. Un proverbe disait :

Echaipai (laver) lai bue (la lessive) lou sambedi
Ca raicoutch (raccourcit) lai vie di mairi (la vie du mari)
Echaipai lai bu lai semaine de l'Oscension
Tire lai biere (fait mourir) di maître de la mâson.

Il ne fallait pas monter sur les arbres le jour de la Saint Henri (15 juillet). La chute suivie de mort de l'un des ouvriers ou manoeuvres occupés à la construction d'une maison était de mauvais augure pour l'un ou l'autre des membres de la famille qui occuperait la maison. Dans certains villages, le maître charpentier, avant de poser la charpente, faisait agenouiller tous ses ouvriers et récitait avec eux cinq pater et cinq ave en l'honneur de Saint Joseph patron des charpentiers, afin que celui-ci les protégeât de tout accident aux cours des travaux.

Durant la nuit de Noël, dans certaines régions, on disait que boeufs, vaches et ânes conversaient ensemble à voix humaine, un privilège que Dieu leur accordait pour les remercier des soins affectueux qu'ils avaient prodigué à l'enfant Jésus. Quiconque osait espionner ces conversations mourrait sur le champ. Une légende racontait qu'un paysan osa braver l'interdit. Il entendit alors le boeuf roux dire au boeuf blanc : "Nous enterrerons notre maître demain". le paysan furieux et espérant conjurer le sort s'en fut chercher un couteau à la cuisine dans l'intention de saigner ce boeuf de mauvais augure. Mal lui en prit ! En revenant à l'écurie, il trébucha, tomba et se plongea le couteau dans la poitrine. Le lendemain, la prédiction du boeuf se réalisa, on enterrait le maître de maison.

Dans certains villages, le curé faisait distribuer le Jeudi Saint et le Vendredi Saint à tous les habitants, des hosties non consacrées. On les conservait dans des livres, dans des armoires, on en détachait de petits morceaux pour cacheter les lettres, cela portait bonheur.

A certains endroits, on ne laissait pas la crémaillère sans marmite quand il y a grand feu dans l'âtre, car on ferait souffrir inutilement une âme du purgatoire.

Les rêves aussi pouvaient être annonciateurs de maladie ou de mort. Ceux faits durant l'avant se réalisaient presque toujours. Rêver d'un bain dans de l'eau trouble présageait une grande affliction prochaine. Rêver que l'on cueillait des mûres ou des cerises noires annonçait la mort prochaine d'un membre de la famille. Rêver qu'un malade décédait, prolongeait sa vie de dix ans, rêver qu'il était guéri, c'était au contraire hâter sa fin. Entendre quelqu'un vous appeler en rêve et lui répondre était présage de deuil.

Prendre pour marraine une femme enceinte, c'était risquer de voir mourir l'enfant qu'elle avait tenu sur les fonts baptismaux, ou l'exposer elle-même à perdre, dès les premiers jours de son existence, son propre bébé.

A un petit enfant qui pénétrait pour la première fois dans une maison, on offrait un œuf et un petit cornet de sel, pour lui porter chance.

Superstitions et pierres étranges

Blocs épais, rochers creux qui servent, dans l'orage,
D'enclumes à la foudre et d'urnes pour les eaux;
Dômes en boucliers sur quoi fond le nuage,
Tombes, menhirs, autels, étraves de vaisseaux,
Pylônes élancés, colonnes triomphales
Plus grosses que des tours, pyramides, remparts,
Trônes, gradins, créneaux, flèches de cathédrales ...
(Albert Mathieu, 1919)

Faut-il inclure les étranges amoncellements de pierres, les bizarres alignements de roches dressées, les "dents" isolées dans les forêts, aux versants des monts, au bord des chemins, que les érudits du XIXe siècle assuraient d'origine celtique ? Quelle était leur signification ? De quels maux devaient-ils protéger les hommes ? On en relève des quantités entre la Billaude et Morillon, comme ailleurs à Andelarre en Haute Saône, dans la forêts de Chailluz, du Saulçois, de Gourvaux, de Roche les Clerval dans le Doubs ... Chaque fois qu'un voyageur ou un paysan passait à proximité, il ajoutait une pierre en récitant quelque prière. La plupart de ces tertres ont été remplacés par des calvaires ou des oratoires.

Et la superstition s'empara même des croix de pierre. Entre Dole et Tavaux, proche du village de Saint-Ylie, se dressait sur le bord de la route une vieille croix couverte de mousse et de lichens, avec un christ gravé sur les deux faces. Tous les cents ans, à minuit, la croix effectuait un demi-tour sur elle-même avec la colonne de pierre qui la supportait.

Dans la paroisse de Saint-Claude, à un quart de lieue de la cité, se dressait une croix de pierre. La base en était percée de part en part. Les passants faisaient passer une pierre par ce trou pour être guéris du mal de ventre. En 1756, le trou a été bouché.

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